Lycée Autogéré de Paris

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Lettre ouverte à Martin Hirsch

Monsieur le Haut commissaire à la jeunesse et aux solidarités actives contre la pauvreté vous avez demandé de visiter le Lycée Autogéré de Paris. Les membres du LAP ont collectivement accepté votre demande malgré des interrogations et de vives oppositions à la politique du gouvernement Fillon. Le LAP est un lycée de l’Education Nationale, nous soulignons notre attachement aux valeurs du service public et défendons la laïcité, la coopération et la solidarité qui sont des piliers de notre projet pédagogique. En ce sens, face à la compétition organisée au sein du système éducatif ainsi qu’au clivage traditionnel entre les profs et les élèves, nous mettons en pratique un fonctionnement basé sur la confiance. Au lieu des réponses sécuritaires et répressives mises en : œuvre traditionnellement et renforcée actuellement : portillons détecteur de métaux, contrôle de police au sein des établissements, enfermement, nous souhaitons que chacun trouve une place dans la collectivité.

Au LAP, les élèves participent aux prises de décisions, les votes sont organisées selon le principe : une personne, une voix. La prise de décision engage chacun, la parole est considérée au delà de la simple écoute. Nous déplorons, qu’au niveau national, la participation des jeunes aux décisions qui les concernent ne soient, dans le meilleur des cas, qu’une consultation. La mise en avant de « l’Egalité des chances » ne parvient pas à évacuer les réalités de nombres de jeunes. Notre implantation géographique et notre recrutement désectorisé accentuent la question du logement où les inégalités sont particulièrement criantes. En dehors du secteur privé trop souvent inaccessible, les offres aux lycéens et à leur famille restent quasi inexistantes (logement social et structures d’urgence). Les aides de types contrat jeunes majeurs sont globalement incompatibles avec la poursuite d’études même au sein de notre établissement qui permet un aménagement plus souple de l’emploi du temps. Nous regrettons de devoir remédier à l’échec scolaire qui découle des questions sociales et de l’organisation sélective du système éducatif qui exclut chaque année de trop nombreux jeunes. Nous ne considérons pas le lycée comme une « seconde chance », nos pratiques remettent en cause l’évaluation sommative et normative. Nous ne souhaitons pas seulement être un recours au système traditionnel, mais proposer d’autres formes d’apprentissage. Tout en préparant au bac des élèves qui ont été écartés de l’enseignement secondaire général, nous proposons d’autres validations des activités du Lycée.

Le grand intérêt porté à notre projet (plus de 440 demandes pour 120 inscriptions possibles cette année) questionne lourdement le système éducatif français. Nous déplorons la quasi inexistence des lieux d’alternatives éducatives. Nous, aussi, dénonçons les restrictions budgétaires et les suppressions de postes massives qui aggravent la situation (35 à 40 élèves par classe).

Monsieur le Haut commissaire à la jeunesse et aux solidarités actives, sans attendre de conséquence immédiate de votre visite, nous continuons de défendre une Education basée sur la liberté, l’autonomie individuelle, l’égalité, l’entraide et la coopération au sein d’un collectif. Nous pensons aussi que ces principes participent aux réponses face à une société en crise.

Les membres du Lycée Autogéré de Paris.

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