Fallout: New Vegas

L’air devient chaud, le ciel orange, les arbres morts laissent place aux cactus et aux virevoltants et les immeubles en poussière au sable fin. Vous l’avez compris, votre train a quitté les ruines de Washington DC et embarque pour le désert du Mojave. Cette fois, ce sont les petits gars de chez Obsidian Entertainment qui sont aux commandes. Et on croise les doigts pour qu’il prenne la bonne destination. Le studio a déjà fait preuve de son savoir-faire en création de jeu de rôle. Pourtant, on note quelques ombres au tableau : cette date de sortie prématurée rimerait-elle avec bâclé? Le moteur graphique vieillissant gâchera-t-il notre excursion post-apocalyptique?
Il aura conquis les nouveaux arrivants, mais laissé un goût amer à tous les fanatiques de la saga : vous vous souvenez sûrement de Fallout 3 et de son orientation action. Ce génocide de pillards et de super mutants était cocasse
pour les mordus d’action, mais totalement grotesque pour les puristes. Fallout: New Vegas rectifie le tir, et vise directement les joueurs nostalgiques de la saga qui avaient été séduits par une écriture de dialogues exemplaire et un humour noir décalé. On attaquera donc par ce qui vous tiendra vraiment en haleine: le scénario.

Dans le Nevada, à quelques kilomètres des néons de New Vegas. Vous incarnez un coursier, ayant pour simple mission d’amener un jeton de platine d’un point à un autre. La faible lumière blanche de la pleine lune éclaire les vallées sauvages et dévastées du désert du Mojave, Au sommet d’une colline, dans un petit cimetière, se déroule une scène aussi glauque que sanglante. Et elle ne tourne pas en votre faveur… Vous êtes enterré et laissé pour mort d’une balle dans la tête! Loin du confort d’un Abri Vault-Tec, vous vous réveillez vivant dans un petit village qui ne paye pas de mine. Un médecin du coin vous a réparé la caboche. Bilan, une cicatrice, une sacrée gueule de bois et une furieuse envie de vengeance. Une fois dehors, vous n’avez qu’une seule idée en tête: retrouver vos agresseurs et éclaircir ce mystère : pourquoi a-t-on tenté de vous assassiner ?

Cette traque vous amènera à croiser action et quêtes annexes scénarisées, mariées à une écriture maîtrisée des dialogues qui ne loupera pas le rendez-vous. Quant à la trame principale, elle est plutôt bien menée même si on regrette que certaines scènes qui auraient pu être épiques tournent au ridicule, gâchées par la limitation technique du jeu. Il se révèle frustrant de voir seulement une dizaine de PNJ assister a une conférence censée être noire de monde. Le même problème persiste pendant les batailles. Tant pis. Il faudra faire appel à l’imagination.

En revanche, dans le précédent opus, la déception a été énorme sur un point: impossible de jouer une ordure, un égoïste prêt à vendre des enfants pour pouvoir se mettre un steak de radcafard sous la dent ou encore un saint prêt à donner son eau purifiée et sa vie pour celle des autres.
Désormais, avec New Vegas, vous allez pouvoir tracer votre propre route, gentil ou méchant. Les développeurs essaieront de ne pas trop vous tenir par la main et vous offrent quatre fins différentes, avec la faction que vous aurez choisie. On se sent important, et nos choix deviennent réellement conséquents.

Pas de miracles, hélas. Une fois la cinématique d’introduction terminée,c’est avec horreur que vous retrouverez à nouveau face à des personnages inexpressifs, empaillés – comme au temps de Fallout 3. Les textures sont moyenâgeuses. Fallout: New Vegas est affreux graphiquement, faiblard et techniquement vieillot. Les fallout n’ont jamais brillé par leurs graphismes, et autant le dire tout de suite, cet épisode ne changera pas la donne. Vous commencerez par pouffer de rire devant les innombrables et improbables bugs qui croiseront votre chemin. Entre les cadavres démembrés qui ressuscitent, les bruitages de villes qui continuent jusqu’en plein milieu du désert, les ennemis bloqués entre les murs… Votre sourire va en réalité vite s’effacer au bout d’un énième plantage du jeu, pour laisser place à une colère qui vous rendra fou à petit feu. La distance d’affichage fait une vingtaine de mètres à tout casser. Les animations sont très rigides et les mouvements lourds. Et non, la gestion des lumières ne sauvera rien. Vous vous dites sûrement qu’au moins des graphismes si pauvres permettront au joueur disposant d’un pc bas de gamme d’accéder au jeu ? Que nenni ! L’optimisation est une catastrophe elle aussi. Du côté des voix françaises, c’est du grand n’importe quoi. Un désastre. Certains personnages semblent être doublés par des acteurs sortis tout droit de
« Plus belle la vie ». Tellement qu’il est difficile de ne pas les imaginer en train de réciter leur textes dans un studio d’enregistrement. D’autres individus vous parleront subitement en Anglais. Fainéantise ou oubli de la part d’Obsidian? Peu importe, le ratage est complet. Les anglophones pourront contourner cette VF avec une VO plus agréable.

Un des atouts qu’il faut bien accorder à New Vegas: les compagnons sont intéressants. Au fil du temps, si vous leur venez suffisamment en aide, ils finiront par révéler des secrets sur leur passé, ce qui vous amènera à accomplir des quêtes spécialement conçues pour eux. C’est un réel plaisir de les aider et d’apprendre à les connaître, avec leurs failles : tristesse, maladies… Vous ne verrez pas vos compagnons comme des brahmines de stocks, uniquement bons à transporter vos déchets et votre bric-à-brac, mais comme de véritables humains. Cependant, l’un n’empêche pas l’autre; ils pourront quand même se révéler utiles au combat. Surtout que vous touchez maintenant un bonus spécial quand ils vous accompagnent. Et ils disposent également d’un espace de stockage plutôt large.
On peut joindre l’utile à l’agréable, non?
Des nouveautés sont de la partie, un inventaire plus pratique pour les compagnons, les perks tous les deux niveaux…
Notons aussi l’arrivée d’un mode hardcore qui consistera à donner des besoins à votre personnage, tels que dormir, être hydraté et se nourrir correctement, sous peine de pénalités sur vos statistique S.P.E.C.I.A.L, et pouvant même aller jusqu’à la mort. Les munitions auront du poids, les soins en tous genres, radaway, stimpaks et nourriture vous redonneront progressivement votre santé. Ce mode de jeu ravira les vétérans, mais est fortement déconseillés aux novices.

Bien que le jeu soit plutôt facile, certains ennemis plutôt effrayants et très baraqués vous donneront du fil à retordre. Mais dans l’ensemble votre progression sera plutôt aisée. l’IA pas au poil des ennemis penchera en votre faveur. Bien que parfois peu inspiré artistiquement, en très peu de temps, New Vegas nous livre un terrain certes moins grand que son prédécesseur, mais bien plus complet. La durée de vie sera d’ailleurs bien plus conséquente et il faudra au moins le double de temps pour venir à bout du nouveau né d’Obsidian.

Il est clair que New Vegas ne comptera pas la maîtrise technique dans ses atouts. Mais pas besoin de graphismes photo-réalistes pour vous immerger dans ce monde ravagé par les têtes nucléaires. Et même si on se serait passés de défauts comme les PNJ parfois peu nombreux durant les batailles, l’optimisation dépêchée, les graphismes d’une autre époque.. Les dialogues, l’importance de vos choix et votre liberté seront des arguments suffisants pour justifier votre achat, et même si vous ne retrouvez pas les sensations des premiers opus, votre âme de rôliste sera comblée.