Exemple d’emploi du temps en seconde

Nous voilà en septembre : l’année commence en Groupe de Base. Les nouveaux élèves sont mélangés avec les anciens, et les activités ne ressemblent en rien à ce qu’ils ont connu auparavant. Nous réservons du temps au début de l’année pour un stage : du temps pour apprendre à se connaître, du temps pour réfléchir sur le fonctionnement du lycée, du temps pour préparer un repas collectivement et le manger ensemble, du temps pour repeindre une salle, du temps pour faire sa rentrée, en somme.
Ensuite, très vite, commence l’emploi du temps «  normal  ».

emploi du temps élève v2

Tout l’enjeu de cette première année au lycée est de leur donner l’envie de faire, ensemble, et de les accompagner pour qu’ils réalisent leur projet.
Créée au milieu des années 90, la structure de ce Groupe Seconde a évolué au fil des ans : son cadre est conçu pour rendre possible un retour vers les apprentissages pour tout élève, quel que soit son parcours.
Elle contient des activités pédagogiques connues des élèves comme le français, les langues, les mathématiques, mais aussi des activités inédites. La liberté d’organisation pédagogique qui est la nôtre nous permet d’expérimenter des pratiques différentes. En voici quelques unes dans les articles suivants…

Le Thème seconde.

Le Thème est un des éléments fondamentaux de ce cadre de seconde. C’est une activité encadrée par deux professeurs qui occupe deux plages de deux heures. Il s’agit de choisir un thème (qui peut être littéraire : le conte  ; historique : la renaissance  ; géographique : la ville  ; etc.) et de l’étudier avec le groupe. Chacun pourra apporter son éclairage sur le sujet. Nous orientons bien souvent le travail vers des recherches et des réalisations en petit groupe, (rédaction d’un conte, exposés) ou des travaux plus individuels. Nous essayons de privilégier l’initiative de chacun et le travail en groupe.
Par exemple, nous avons choisi d’étudier la Renaissance. Cette notion apparaît dans les programmes officiels (Bulletin officiel spécial n‹4 du 29 avril 2010) : l’élargissement du monde, les hommes de la Renaissance, l’essor scientifique et technique. Nous commençons par une comparaison des cartes du XVe et du XVIe siècle. Nous nous intéressons également aux récits de voyages qui permettent de donner un aperçu des profonds bouleversements de cette période. Ceci a pour but de camper le décor d’un monde en évolution :  La controverse de Valladolid nous permet d’avoir une illustration des modes de pensée de l’époque. Nous continuons en nous penchant sur l’histoire religieuse de la période, avec la Réforme, et la réaction catholique. Nous nous servons de manuels d’histoire, nous visionnons La reine Margot. La variété des supports permet de donner à chacun les armes nécessaires à l’analyse d’un document, quel qu’il soit. Nous évoquons également l’art : une collègue d’Arts Plastiques intervient pour mettre en évidence l’invention de la perspective. L’architecture est aussi analysée : il est facile de trouver à Paris des exemples de bâtiments qui illustrent les normes de l’époque. Enfin, nous nous centrons sur les évolutions techniques et scientifiques. Cette étude à multiples facettes aboutit à une sortie scolaire de deux jours. Là encore, nous encourageons les élèves à faire les démarches d’organisation de l’excursion (réservation, logement, transport). Nous nous rendons en train à Amboise, et nous visitons le château et le musée Léonard de Vinci. Le lendemain, une matinée de randonnée nous mène à Chenonceau, où nous visitons le château et les jardins, avant de rentrer à Paris en train.
Le Thème est également un lieu de discussion sur le lycée et son fonctionnement. Les professeurs qui ont en charge le Thème sont également les gprofesseurs référentsh de ce groupe seconde. Nous y discutons donc avec les élèves du déroulement de l’année, de leurs activités (aussi bien pédagogique que de gestion) et des échéances qui se succèdent (semaine d’évaluation, remise des diplômes seconde, etc).

Langue et Société

Langue et Société

Il est né d’un constat d’échec de nos élèves en ce qui concerne les langues vivantes. J’y comprends rien”, “pas un mot”, “j’en ai fait 4 ans et je suis incapable de dire une phrase”.
Nous avons donc décidé d’engager une réflexion socio-linguistique : qu’est-ce qu’une langue ? Qu’est-ce que la communication par le langage ? Et cette réflexion sera aussi large que possible. Ainsi, des professeurs de langues participent à cette activité. La création de binômes avec des professeurs d’Histoire-Géographie ou d’Arts Plastiques a apporté un autre éclairage sur la question de la langue. Et il permet de contourner le blocage du je ne comprends rien.
Par exemple, nous avons utilisé une scène de film de Bollywood, sans les sous-titres. « Aucun de nous  n’y comprend rien », mais doit, en petit groupe, créer des sous-titres. L’observation de tous les éléments non verbaux dans la scène nous permet de nous approcher du sens, et les sous-titres créés sont étonnamment proches de la  »version officielle ». Le but est ici d’aider à se concentrer sur les éléments que l’on comprend, pour permettre de cerner mieux les éléments que l’on ne comprend pas.

Le Thème scientifique

Comme vous pouvez le remarquer, les Sciences de la Vie et de la Terre et les Sciences Physiques n’apparaissent pas en tant que telles dans l’emploi du temps. Ces matières sont l’objet du Thème Scientifique, une activité animée par un binôme de professeurs  : un « spécialiste » scientifique (de maths, de SVT ou de physique-chimie) et un non spécialiste. Au cours de ces deux heures, les deux enseignants et le groupe travaillent sur des sujets variés comme la sexualité, le nucléaire, l’eau dans le monde, la psychologie, la bioéthique. L’objectif est de développer chez les élèves le goût des sciences, en montrant qu’elles ne sont pas seulement une matière scolaire, mais qu’elles sont présentes dans notre vie quotidienne et qu’elles influent sur le fonctionnement et l’évolution de nos sociétés.
Pour illustrer nous pouvons prendre l’exemple de la chimie. C’est un sujet que nous avons abordé par de multiples entrées afin d’en mesurer les aspects positifs et négatifs. Une sortie au Palais de la Découverte, dans le cadre de «  l’année de la Chimie  », et d’une exposition intitulée « Vive la chimie » nous a permis d’aborder les particularités de la recherche, des découvertes, des techniques propres au vaste univers de la chimie et de ses possibilités. Nous avons mesuré combien nous devions à cette science les objets qui nous entourent et qui nous sont devenus indispensables.
Ensuite, un travail sur le documentaire « La grande invasion » de Stéphane Horel (2010) a été l’occasion d’un exposé sur le développement de l’industrie chimique au cours du XXème siècle. Ce documentaire a aussi permis de pointer le développement exponentiel des produits chimiques dans notre quotidien et ses éventuels méfaits sur notre corps.
Plus tard, une sortie à l’espace Pierre Gilles de Gênes, dans le cadre de la fête de la science, nous a permis d’aborder plus en détail les récentes avancées de la « Chimie de l’amour » et de prendre conscience du  travail de chercheur dans le domaine de la conservation des forêts tropicales.
Enfin, des expérimentations ont été réalisées au lycée, et  nous avons même produit du nylon.
La chimie a donc été abordée en tant que science, et dans ses aspects géographiques, historiques et sociétaux.

L’Activité littéraire

Dans le même esprit, la séance de français hebdomadaire est complétée par une séance  »d’activité littéraire », une plage qui a été proposée pour permettre aux élèves un retour à la pratique de l’écriture. Compte rendus de spectacles, jeux de créations littéraires, publications de nouvelles ou de poèmes… autant d’activités mises en place pour écrire plus librement, accueillir et intégrer progressivement les contraintes liées au langage écrit.

La Spécialité seconde

Nous avons aussi créé une plage de Spécialité Seconde : il s’agit de permettre aux élèves de seconde d’essayer les différentes spécialités qu’ils devront choisir en première : Théâtre, Cinéma-Audiovisuel, Arts-plastiques, Mathématiques, Sciences économiques et sociales. Ces activités sont conçues comme des initiations, et l’élève peut au cours de l’année en essayer plusieurs. Théoriquement, ils sont ensuite mieux armés pour faire les choix importants qui leur sont demandés dès la classe de première.

Cette année de seconde permet aux élèves la découverte et la pratique du fonctionnement autogestionnaire. La participation à la gestion est un objectif revendiqué de notre organisation qui cherche à ce que chacun soit acteur dans le lycée. L’emploi du temps de tous les niveaux est conçu pour permettre au maximum la participation des élèves à toutes les plages d’activités, et faciliter lfinvestissement sans jamais mettre en concurrence les activités.

Carnet de bord et diplôme

Remplir le carnet de bord, à la fin de chaque séquence est le moment pour l’élève de s’auto-évaluer. C’est aussi une confrontation entre l’élève et le (ou les) enseignant(s) pour chacune des activités, confrontation qui doit permettre d’accepter la «réalité», quelquefois de lutter contre l’auto-dépréciation. C’est aussi l’occasion pour l’enseignant de valider tout ou une partie du travail accompli par l’élève. C’est toujours sur la valorisation de l’activité et du travail accomplis que nous mettons l’accent, c’est toujours à l’aspect formatif de l’évaluation que nous attachons le plus d’importance.
Le carnet de bord trouve sa place dans le dossier suspendu attribué à chaque élève  : tout élève a accès à son dossier en administration, certains découvriront ainsi (avec plus ou moins de bonheur ou de surprise !) leur dossier antérieur, jusque là inaccessible et confidentiel.
Depuis dix ans nous avons instauré un diplôme seconde. Il sanctionne et valide une année d’activités au LAP. Pour avoir le diplôme seconde, il faut valider au moins 12 UV (unité de valeur), dont une au moins dans chaque «  domaine d’activité  » proposé au LAP (projet, thème, gestion, technique, stage). Les élèves arrivant en seconde sont souvent en grande difficulté scolaire, et pourtant ils vivent parfois la seconde comme une année inutile. L’apprentissage sérieux commencerait en première après les épreuves du bac, c’est ainsi qu’ils repoussent le moment de se mettre au travail. C’est pour réagir contre cette attitude qui les conduit à l’échec que nous avons mis en place ce diplôme et nous constatons que cela provoque, pour certains, une régularité dans le travail et une envie de s’y remettre après quelques temps d’absence. D’autres, au contraire, dévalorisent toutes leurs activités. Le diplôme permet une auto-évaluation plus concrète et positive. Ils manifestent une grande fierté lorsque, ayant répertorié toutes leurs UV validées, ils s’aperçoivent qu’ils ont fait et appris beaucoup de choses. «  C’est mon premier diplôme !  » Et on peut penser que cette réussite les revalorise aussi aux yeux de leur famille.