Langue et Société

Langue et Société

Il est né d’un constat d’échec de nos élèves en ce qui concerne les langues vivantes. J’y comprends rien”, “pas un mot”, “j’en ai fait 4 ans et je suis incapable de dire une phrase”.
Nous avons donc décidé d’engager une réflexion socio-linguistique : qu’est-ce qu’une langue ? Qu’est-ce que la communication par le langage ? Et cette réflexion sera aussi large que possible. Ainsi, des professeurs de langues participent à cette activité. La création de binômes avec des professeurs d’Histoire-Géographie ou d’Arts Plastiques a apporté un autre éclairage sur la question de la langue. Et il permet de contourner le blocage du je ne comprends rien.
Par exemple, nous avons utilisé une scène de film de Bollywood, sans les sous-titres. « Aucun de nous  n’y comprend rien », mais doit, en petit groupe, créer des sous-titres. L’observation de tous les éléments non verbaux dans la scène nous permet de nous approcher du sens, et les sous-titres créés sont étonnamment proches de la  »version officielle ». Le but est ici d’aider à se concentrer sur les éléments que l’on comprend, pour permettre de cerner mieux les éléments que l’on ne comprend pas.

Le Thème scientifique

Comme vous pouvez le remarquer, les Sciences de la Vie et de la Terre et les Sciences Physiques n’apparaissent pas en tant que telles dans l’emploi du temps. Ces matières sont l’objet du Thème Scientifique, une activité animée par un binôme de professeurs  : un « spécialiste » scientifique (de maths, de SVT ou de physique-chimie) et un non spécialiste. Au cours de ces deux heures, les deux enseignants et le groupe travaillent sur des sujets variés comme la sexualité, le nucléaire, l’eau dans le monde, la psychologie, la bioéthique. L’objectif est de développer chez les élèves le goût des sciences, en montrant qu’elles ne sont pas seulement une matière scolaire, mais qu’elles sont présentes dans notre vie quotidienne et qu’elles influent sur le fonctionnement et l’évolution de nos sociétés.
Pour illustrer nous pouvons prendre l’exemple de la chimie. C’est un sujet que nous avons abordé par de multiples entrées afin d’en mesurer les aspects positifs et négatifs. Une sortie au Palais de la Découverte, dans le cadre de «  l’année de la Chimie  », et d’une exposition intitulée « Vive la chimie » nous a permis d’aborder les particularités de la recherche, des découvertes, des techniques propres au vaste univers de la chimie et de ses possibilités. Nous avons mesuré combien nous devions à cette science les objets qui nous entourent et qui nous sont devenus indispensables.
Ensuite, un travail sur le documentaire « La grande invasion » de Stéphane Horel (2010) a été l’occasion d’un exposé sur le développement de l’industrie chimique au cours du XXème siècle. Ce documentaire a aussi permis de pointer le développement exponentiel des produits chimiques dans notre quotidien et ses éventuels méfaits sur notre corps.
Plus tard, une sortie à l’espace Pierre Gilles de Gênes, dans le cadre de la fête de la science, nous a permis d’aborder plus en détail les récentes avancées de la « Chimie de l’amour » et de prendre conscience du  travail de chercheur dans le domaine de la conservation des forêts tropicales.
Enfin, des expérimentations ont été réalisées au lycée, et  nous avons même produit du nylon.
La chimie a donc été abordée en tant que science, et dans ses aspects géographiques, historiques et sociétaux.

L’Activité littéraire

Dans le même esprit, la séance de français hebdomadaire est complétée par une séance  »d’activité littéraire », une plage qui a été proposée pour permettre aux élèves un retour à la pratique de l’écriture. Compte rendus de spectacles, jeux de créations littéraires, publications de nouvelles ou de poèmes… autant d’activités mises en place pour écrire plus librement, accueillir et intégrer progressivement les contraintes liées au langage écrit.

La Spécialité seconde

Nous avons aussi créé une plage de Spécialité Seconde : il s’agit de permettre aux élèves de seconde d’essayer les différentes spécialités qu’ils devront choisir en première : Théâtre, Cinéma-Audiovisuel, Arts-plastiques, Mathématiques, Sciences économiques et sociales. Ces activités sont conçues comme des initiations, et l’élève peut au cours de l’année en essayer plusieurs. Théoriquement, ils sont ensuite mieux armés pour faire les choix importants qui leur sont demandés dès la classe de première.

Cette année de seconde permet aux élèves la découverte et la pratique du fonctionnement autogestionnaire. La participation à la gestion est un objectif revendiqué de notre organisation qui cherche à ce que chacun soit acteur dans le lycée. L’emploi du temps de tous les niveaux est conçu pour permettre au maximum la participation des élèves à toutes les plages d’activités, et faciliter lfinvestissement sans jamais mettre en concurrence les activités.

Carnet de bord et diplôme

Remplir le carnet de bord, à la fin de chaque séquence est le moment pour l’élève de s’auto-évaluer. C’est aussi une confrontation entre l’élève et le (ou les) enseignant(s) pour chacune des activités, confrontation qui doit permettre d’accepter la «réalité», quelquefois de lutter contre l’auto-dépréciation. C’est aussi l’occasion pour l’enseignant de valider tout ou une partie du travail accompli par l’élève. C’est toujours sur la valorisation de l’activité et du travail accomplis que nous mettons l’accent, c’est toujours à l’aspect formatif de l’évaluation que nous attachons le plus d’importance.
Le carnet de bord trouve sa place dans le dossier suspendu attribué à chaque élève  : tout élève a accès à son dossier en administration, certains découvriront ainsi (avec plus ou moins de bonheur ou de surprise !) leur dossier antérieur, jusque là inaccessible et confidentiel.
Depuis dix ans nous avons instauré un diplôme seconde. Il sanctionne et valide une année d’activités au LAP. Pour avoir le diplôme seconde, il faut valider au moins 12 UV (unité de valeur), dont une au moins dans chaque «  domaine d’activité  » proposé au LAP (projet, thème, gestion, technique, stage). Les élèves arrivant en seconde sont souvent en grande difficulté scolaire, et pourtant ils vivent parfois la seconde comme une année inutile. L’apprentissage sérieux commencerait en première après les épreuves du bac, c’est ainsi qu’ils repoussent le moment de se mettre au travail. C’est pour réagir contre cette attitude qui les conduit à l’échec que nous avons mis en place ce diplôme et nous constatons que cela provoque, pour certains, une régularité dans le travail et une envie de s’y remettre après quelques temps d’absence. D’autres, au contraire, dévalorisent toutes leurs activités. Le diplôme permet une auto-évaluation plus concrète et positive. Ils manifestent une grande fierté lorsque, ayant répertorié toutes leurs UV validées, ils s’aperçoivent qu’ils ont fait et appris beaucoup de choses. «  C’est mon premier diplôme !  » Et on peut penser que cette réussite les revalorise aussi aux yeux de leur famille.